Oh you fancy, huh?

Ma blonde est malade. Ce soir, j’vais jouer au docteur avec elle et lui faire une grosse prescription de dodos en cuillère.

Je ne te l’ai pas dit mais l’autre jour mais, quand on s’est croisé, ça m’a vraiment fait trembler de l’intérieur. En te parlant, j’me demandais ce qui se passait et pourquoi ça se passait. J’arrivais pas à cerner l’image que je projetais et j’arrivais pas à comprendre pourquoi je devais te projeter une image. Mon soi était absorbé dans un vide sans fond qui n’aurait jamais été repu de toutes les facettes de mon identité, mon corps étouffait mes mots même si pourtant, ils étaient bien là, les mots. Je me suis senti comme un visage, devant toi. J’avais l’impression de te mentir en étant simplement là, debout, en face de toi. J’avais l’impression que tu le voyais bien. J’me sentais me défaire, me décomposer en morceaux pour dévoiler, au bout du compte, je ne sais trop quoi. Rien, peut-être. Rien que je comprendrai un jour, du moins. Tu avais et as encore le don de me faire croire que je suis une grosse coquille vide. Quand tu me fixes, ton regard passe par mes yeux, mon crâne et continue son interminable traversé vers nul part, comme s’il n’y avait rien à voir, rien sur quoi il pouvait se poser, rien sur quoi il pouvait confirmer l’existence d’une chose en distinguant sa forme. Moi qui aime croire que je suis quelqu’un de très contrasté, jamais je ne me sens aussi uniforme que lorsqu’on s’adresse la parole, face à face.

Je m’ennuyais pas de ça. Et le pire, c’est qu’encore une fois, c’est surement juste dans ma tête que ça se passe.

OMFG

J’AI OBTENU MA BOURSE! Je vais travailler à temps plein dans mon lab cet été! YES. J’aimerais tellement ça que tu sois là avec moi en ce moment parce que je recent vraiment le besoin de faire un high-five à quelqu’un!

Life update

Aujourd’hui j’ai pu changer d’air pour environ 40 minutes. J’ai visité pour la première fois le département animalier de l’université pour voir les participants du laboratoire de recherche dans lequel je travaille : des souris. Je me suis vêtu de mon costume de Dr. House mais sans la canne, avec en prime des pantoufles-couvre-chaussures-recyclables-je-sais-pas-si-ça-a-un-nom. Ma chercheuse m’a fait passer à travers de grands corridors, très larges, complètement immaculés (si ce n’est que du filet à papillons accroché au mur que l’on ne peut qu’utiliser en cas d’urgence : si les abeilles du secteur des abeilles décident de s’échapper) et où je me verrais bien glisser sur de longues distances avec mes couvre-chaussures.

Finalement, je les ai vus, mes participants, blottis au fond de leur cage dans une grande pièce uniquement éclairée que par des red lights. J’ai même pu en prendre un, c’était une occasion unique et exceptionnelle. Il était tout petit, c’était encore un bébé. Pendant les dix minutes durant lesquels j’ai pu le tenir dans ma main, essayant tant bien que mal de ne pas l’échapper par terre, j’me battais avec moi-même pour ne pas lui donner un nom. Par chance, j’avais zéro inspiration à ce moment là de la journée.

C’était vraiment cool de pouvoir décrocher de la fin de session, de la neige qui tombe encore et de la fatigue en jouant avec une souris entre mes cours. C’est juste dommage que la prochaine fois que j’irai la revoir, ce soit pour lui faire une injection…. Ugh.

Edit : Ce que j’avais aux pieds ce nomme bel et bien des couvre-chaussures

Aller à Osheaga ou ne pas aller à Osheaga, là est la question.

Le lineup est vraiment moins bien que celui de l’année passée mais le prix du billet, lui, est resté le même. J’ai besoin d’une coupe de cheveux et ma coiffeuse est ma deuxième meilleure référence musicale dans le monde après C. Quand elle m’a dit qu’elle détestait Mumfords and Sons j’ai compris que c’était la bonne, tu vois,

J’ai donc pris rendez-vous avec elle tout à l’heure, j’ai bien hâte qu’on démêle ça together sous le tintement rythmique des coups de ciseaux.

Sinon, t’en penses quoi, toi?

Avis à tous : N’écrivez pas des conneries sur la pelure d’une banane avec votre nouveau stylo, il ne fonctionnera plus. Vous serez bien embêté au moment où vous vous apprêterai à prendre des notes dans votre cours de statistique.

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Quand je suis rentré chez moi hier, j’ai trouvé ce livre adossé sur l’écran de mon ordinateur. J’en avais parlé la semaine dernière à mes parents, on était dans la voiture, j’crois. Je l’avais mentionné, tout bonnement, sans attente. C’est un livre de psycho, j’pensais que ça intéresserait personne.

Derrière la page couverture, ma mère a écrit  : «Pour un futur psychologue en qui nous croyons et dont nous sommes fiers»

C’est une histoire qui finit déjà bien, n’est-ce pas?

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Jón Pór me ramène à l’époque où je n’étais pas bilingue, où je ne comprenais pas les paroles des chansons que jécoutais et où c’était très bien comme ça. J’suis content que C. m’aille ramené ce CD de l’Islande.

J’veux des bisous.

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Happy fucking birthday to meeeeeeee!

Ris pas, s’il te plait.

Le problème de la fierté parentale est réglé depuis novembre dernier. Mais le problème d’humiliation, lui, ne l’est pas. Ils m’humilient. J’pense que c’comme un trip qu’ils ont en ce moment. Juste pour confirmer encore plus clairement qu’ils ne sont pas fière de moi, ils m’humilient. 

C’est subtil. Laisse-moi t’expliquer.

Ils ne m’humilient pas directement. C’est leur indifférence qui m’humilie, en fait. Elle me réduit à rien. Elle m’anéanti. Elle me culbute jusqu’à la case départ. Elle me pousse en bas d’un trône où j’ai déjà beaucoup de difficulté à siéger fièrement et de façon assumée.

Je sais pas pourquoi j’leur ai parlé de ça. Esti que j’suis con. Esti que j’aurais du m’la fermer. J’leur ai raconté ma journée, voilà c’qui s’est passé.

On était à table.

J’leur ai dit que prochainement, j’aurai une carte passe-partout magnétique qui me permettra d’avoir accès à des pièces uniquement réservées au personnel de l’université. Ma mère ne peut se retenir de pouffer de rire. Mon père, lui, sourd d’une oreille et fondamentalement peu attentif, ne m’écoutait simplement pas. Je continue tout de même à m’expliquer.

Je leur partage qu’en fait, en tant qu’assistant de recherche, je fais en quelque sorte partie des employés de l’université. Ce sera encore plus vrai si je dégote la bourse pour laquelle j’ai postulé et qui me permettra de travailler à temps plein dans mon laboratoire cet été. Ma mère me faisait maintenant dos ; elle s’était levée pour faire un appel. Je n’avais pas fini de parler mais je l’ai laissé faire.

Une fois le téléphone raccroché, elle revint s’asseoir à table et monte le volume de la télé. De tout évidence, elle avait complètement oubliée que je lui racontais quelque chose. Je lui rappelle donc qu’avant sa conversation téléphonique, j’étais en train de lui parler de ma journée. Elle paru agacée, mais j’ai continué.

J’ai fait un court résumé de la conférence à laquelle j’ai assistée aujourd’hui. J’expliquais à quel point j’étais impressionné par la grandeur de la salle de conférence, par le contenu du buffet et par le fait que j’étais le seul étudiant figurant dans l’ensemble des individus présents. En effet, à part moi, il n’y avait que des professeurs. J’en connaissais quelques uns. Ces derniers m’ont salué très amicalement et ils semblaient heureux de me voir là, sans toute fois être amusés. Ils me prenaient au sérieux.

Après la conférence, je me suis intégré à une discussion entre un de mes profs, la chercheuse pour qui je travaille, le conférencier de Concordia et des employés de l’Université de Carleton. Ils allaient dîner. Lorsqu’un d’eux a commencé à faire le décompte des gens présents et de qui embarque avec qui pour aller au resto, j’ai compris que j’étais invité, que j’étais inclut, qu’ils savaient que j’existais et qu’ils n’en faisaient pas une blague. J’ai vraiment été touché. J’ai du décliner l’invitation puisque j’avais un examen à préparer, mais le simple fait de savoir que j’aurais pu avoir une place à leurs côtés lors d’un dîner au restaurant me comblait déjà énormément.

J’me suis arrêté là. Ma mère riait trop. Mon père ne m’écoutait toujours pas. J’ai monté dans ma chambre, en tabarnak et surtout terriblement humilié, as always. J’ai fermé ma porte et me voilà ici, avec toi. 

Merci de ne pas avoir ri. J’suis certain que toi, tu n’as pas ri.

Twenty

J’aurais pu prendre le bus pour rentrer chez moi ce soir mais j’ai préféré marcher. L’air était doux. Il n’était pas doux comme celui des soirs d’été où il est chaud et lourd d’humidité, mais il était doux. De plus, le ciel était dépourvu de nuages et la lumière de la lune rebondissait très convenablement sur chaussée enneigée. Un petit vent venant du sud soufflait légèrement de façon intermittente, rappelant au côté gauche de mon visage que c’était l’hiver.

Je préférais passer la première heure de mes vingts ans dehors, pas sur la banquette du fond de l’autobus.

Paire de couilles

J’aimerais avoir un meilleur ami. Un meilleur ami garçon. J’ai déjà une meilleure amie fille, mais j’crois que c’est pas la même chose.

J’avais un meilleur ami, avant. Enfin, je crois. On était très proche, en tout cas. On se confiait beaucoup de chose, à peu près tout, en fait. On pouvait marcher des heures tous les deux et discuter de choses qui nous emmerdaient. Ça parait très anodin, je sais. Mais c’était très important pour moi, ces moments alloués à la discutions. Ce qui était bien aussi, c’est qu’on ne se prenait jamais la tête. Et puis, on passait l’été à fumer des shishas sur la galerie de la cour arrière de ma maison. En plus, il avait une superbe maison-chalet sur le bord d’un lac, il y faisait bon fumer un joint ou deux, tu vois? Et j’aimais bien faire la file à la cafétéria avec lui, ça passait plus vite. Il me reconduisait souvent à la maison, il faisait jouer le best of de KISS dans son auto, c’était pas bon.

On ne s’était jamais proclamé meilleur ami, j’pense que c’était non-dit, j’pense que ça avait pas besoin d’être dit. J’pense aussi que j’avais peur de le confronter avec ça. J’voulais pas trop qu’il sache ce qu’il représentait pour moi : un meilleur ami. J’aurais paru peut-être trop intense. J’aurais eu peur de le faire détaler. J’étais content qu’il soit là et c’est tout. T’sais, j’ai tellement de misère à me faire des amis garçons. J’en ai quelques un, mais pas des masses. Je suis un mec sensible et je prend mes relations d’amitié masculine très au sérieux. Alors, si un gars n’est pas capable d’exprimer ses sentiments et de se mettre un peu à jour, et bien nous ne pourrons pas être amis. Ça en élimine déjà énormément dans le lot. Oui, c’est bien la rigolade, la bousculade et la compétition. Mais, j’aime encore mieux parler. La «bro» attitude, ça n’a jamais été ma tasse de thé. J’pense que c’est le côté superficiel de la chose que j’aime pas. Prétendre être lié par le sang comme deux frères, je dis non. Prétendre d’être lié par une sincère amitié comme deux vrais amis, je dis oui. Mon meilleur ami le comprenait bien, ça, je crois. Il me ressemblait sous plusieurs angles, d’ailleurs. C’était bien. C’était vraiment bien, en fait.

C’est dommage, mais aujourd’hui il est plus dans le portrait. On ne se parle plus. Pendant plusieurs mois, j’avais seulement le goût de lui étamper mon poing sur la gueule. J’peux même pas t’expliquer pourquoi car moi-même je ne comprend pas bien comment tout ça à pu se passer. C’est con comme histoire. Il a disparu avec la neige d’avril, et c’est tout. En mai il est passé chez moi, j’devais partir, j’voulais pas le voir, une amie m’attendais dans la voiture, je l’ai sèchement mi dehors. Depuis ce temps, les choses sont nébuleuses. On est plus amis mais, encore là, ça flotte dans le non-dit. Peut-être que ça n’a pas besoin d’être dit.

Il me manque énormément, par moments. J’me demande si un jour il va revenir. Peut-être qu’on pourrait mettre les choses au clair. J’pourrais commencer par lui demander si un jour on a vraiment été meilleurs amis.

Lame rouillée, cuire déchiré, lacets effilochés (remarque la section du haut du patin droit que j’ai remplacé avec mes lacets de chaussure) et une puissante odeur provenant tout droit des années 70. Hier, je n’avais pas d’autres choix que d’utiliser les patins de mon père puisque les miens ne me faisaient plus. Si, si, ils sont tout à fait dégueulasses. Mais, quand même, j’suis le seul qui n’a pas fini écrasé en étoile sur la glace du canal Rideau. Victory.

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