Oh you fancy, huh?

Tête, épaules, genoux, orteils.

Pause musicale

Si tu veux savoir c’que j’écoute en boucle entre 10h00 et 13h00, c’est :

  1. - Not in love - Crystal Castles
  2. - Pass this on - The Knife
  3. - Vanessa - Grimes
Si tu n’as pas eu au moins un coup de coeur musical parmi ces choix, on est peut-être pas fait pour être meilleurs amis pour la vie.

Ma première journée à l’Université a réveillé mon côté quétaine-paparazzi. J’ai pris plusieurs clichés au court de l’après-midi et la plupart du temps je gênais la circulation ou j’avais simplement l’air con. 

Missive aux générations Y, X et baby-boomers

Charest est encore premier ministre (edit : Charest n’est plus premier ministre), y’a rien de certain. Cependant, j’ai la sincère impression que notre génération est en train de construire le Québec dont on nous parlait depuis tellement longtemps. Y’a rien de gagner, je le répète. Mais, depuis que je suis tout petit, on me fait le récit d’une vision utopique d’un Québec vert, équitable, vertueux et juste. On me parlait d’un monde idéal. On me parlait d’un endroit bien. On me parlait d’un coin de paradis. J’écoutais et j’entendais. Nous vous avons entendu. J’y pensais beaucoup à ce Québec, et j’en avais envie, énormément.

C’est ironique. Ceux qui nous ont vendu ce rêve sont aujourd’hui ceux qui tentent de nous l’arracher. C’est incompréhensible. C’est égoïste. C’est cruel. Vous nous avez menti. Vous avez exagéré grossièrement la beauté de notre futur, ça nous a rendu gourmand. Payez-en le prix, alors. Ma génération est de gauche, d’ultra-extrême-gauche. Nous n’avons pas trouvé notre tempérament visionnaire dans une boîte de céréales. Nos idées progressistes ne viennent pas de Wikipédia. C’est vous qui nous avez donné le goût de l’harmonie, cette soif du changement et cette faim de l’équité. Pourquoi nous en avoir glissé un mot si, vous-même, vous n’en vouliez pas? C’est vous qui disposiez de la nourriture dans nos assiettes et remplissiez nos biberons, non?

Assumez amèrement les conséquences de vos actes pendant que moi, je les savoure.

Dans deux dodos

J’ai acheté 2,3 kilos de livres hier et mon épaule me fait mal car j’ai du les trimbaler longtemps dans le sac écologique de l’Université d’Ottawa. À partir de 7h03, ses ganses, travaillant de concert avec la gravité, commençaient à creuser dans ma peau et j’avais la sincère impression qu’elles se rendraient à ma clavicule droite si le 67 n’arrivait pas dans les cinq minutes suivantes.

Mes cours commencent mercredi. Dans deux dodos, donc. Le premier va être passé aux côtés de ma copine dans le futon du sous-sol et le deuxième, seul dans mon lit au premier étage de la maison. J’vais faire de l’insomnie. C’est certain. J’pourrai pas m’assoupir tranquillement parce que rien ne se passera tranquillement dans le monde pendant cette nuit là. Tout va se mettre en branle. Le sol aura des fourmis dans les jambes. Au lieu de couler dans un sommeil profond, j’vais exécuter une monté continuelle jusqu’au levé du soleil, comme le wagon d’une montagne russe. Mon coeur va palpiter, mais pas autant que ma tête. Ma bouche va saliver, mais ça n’exposera même pas la moitié de ma faim de la nouveauté.

Mon sac sera déjà prêt. Les batteries de mon téléphone, de mon iPod et de mon ordinateur seront chargées. Je saurai déjà c’que je vais mettre, ma tenue sera adaptée aux prévisions météorologiques que j’aurai déjà pris soin de consulter la veille. J’aurai une idée claire de c’que j’vais consommer au déjeuner. Sauf qu’après ça, je ne sais pas du tout c’qui va se passer. C’est le temps qui va se charger du reste et j’lui fais pas confiance.

J’agis toujours comme un robot dans des moments comme ça. J’ai appris à craindre l’avenir et à étendre le présent pour qu’il déborde dans le futur. J’suis confortable dans le présent car, en temps normal, il n’est pas trop instable. Le présent c’est le connu. Le présent est sans équivoque. Le futur est l’ambiguïté. Le passé, en ce moment, j’m’en christ.

Souhaite-moi bonne chance, j’ai l’impression que ça me ferait du bien. 

J’vais être prêt. J’manquerai pas l’autobus. J’manquerai pas mon premier cour. J’manquerai pas ma chance. Je serai vigoureux. Je serai méticuleux. Je serai courageux. Plus que deux dodos.

Ma vie, en ce moment, c’est une grande checklist qui n’a pas de fin.

V. - Premier anniveraire

Il est seulement 18h30 mais jeudi est déjà fini pour moi. Ça a fait moins mal que j’pensais. Je sais pas si j’devrais m’en sentir réjoui ou coupable. J’me sens pas 100% à l’envers et j’me demande pourquoi.

Peut-être qu’hier j’avais déjà assez pleuré ta mort et ça explique pourquoi y’a pas grand chose qui est sorti de mes yeux au columbarium. C’était pareil pour Val. On avait sur-anticipé le 23 août. Cet été, chaque party, chaque rigolade et chaque gorgée d’alcool nous rapprochait petit à petit de cette journée lugubre. On avalait de travers. On sublimait. On nageait dans le déni. On se terrait dans le non-dit. 

Ça ne s’est pas passé comme Val et moi l’aurions cru. On aurait voulu être réuni en gang, même si elle n’est vraiment plus ce quelle était. A. et J. étaient à New-York, D. était en camping et M. ne répond pas à ses textos depuis des jours. J’avais le goût d’enfoncer mon poing dans le mur. J’ai eu vraiment la chienne de vivre ça tout seul. Mais Val était là, t’as vu? Val a du bon sens, elle. Val a les priorités à la bonne place, elle.

Et puis, j’avais envisagé de t’écrire un texte et de te le lire solennellement devant ton urne. T’sais, des paragraphes simples mais qui disent tout, quelques lignes qu’on considère comme étant “la moindre des choses”. Au lieu de ça, j’ai simplement dessiné un bonhomme sourire sur ton habitacle. Val a fait un coeur. La vie continue, nos vies continuent. Même si on ne veut pas, les choses avancent. Ce matin, ça ne faisait aucun sens pour moi, tout ça. Mon incompréhension face à ton meutre était décuplée par le brouillard nébuleux que laissent 365 jours de deuil et dans lequel mes souvenirs de toi s’éteignent peu à peu, tout doucement, en silence, en paix. Non, ce 23 août, la Terre n’a pas arrêté de tourner comme l’année passée. Il faisait beau. Il faisait chaud. Des gens étaient probablement à la plage.

Val et moi sommes allé mangé à un resto Cambodgien à deux rues du columbarium. J’ai bien aimé mais elle non. On parlait et on riait. Parfois j’me demandais franchement en quoi cette journée différait des autres. Devait-elle, de toute façon, en différer? On a ensuite pris la route en direction de la shisha, des tasses de tisanes et des biscuits qui nous attendaient sur la galerie de ma cour arrière. J’ai monté le volume de la radio au maximum. Val et moi chantions très fort, on criait, on dansait. C’était pas des larmes, en effet. C’était mieux que ça, si tu veux mon avis. C’était deux êtres qui continuaient à aller de l’avant malgré tout, à chercher le plaisir là où il n’y en avait pas et qui essayaient de simplement lutter pour rester assez courageux. Je sais pas si tu nous as vu. As-tu trouvé ça beau? Moi oui.

On ne t’a pas oublié du tout, V. Enfin, j’crois qu’on garde en mémoire l’essentiel. J’dois t’avouer que c’est de plus en plus difficile de te le prouver et j’trouve ça dégueulasse. Fais-nous confiance s’il te plait, on t’aime toujours. C’est vrai, soyons honnêtes, on ne se fait plus pénitence en voyant le portrait robot de ton agresseur sur tous les coins de corridor du Cégep, mais je t’assure que ça n’y change rien. Le mal est moindre, j’dois te l’avouer, mais il est toujours là.

“J’pensais à ça, l’autre jour. J’me rappel plus du rire de V. Je sais pas si c’est un hi hi hi ou un AH AH AH AH

“J’pense qu’elle riait en silence, tu vois, la main devant sa bouche”

C. a pris une quiche au bacon et zucchinis et moi un bagel au pesto et tomates séchées.

C. a pris une quiche au bacon et zucchinis et moi un bagel au pesto et tomates séchées.

Rétrospective décousue mais exhaustive

Je vis un beau mélange de processus mentaux. L’été m’en donne beaucoup l’occasion. Je suis heureux, je suis anxieux, je suis satisfait, je suis envieux, je suis fatigué, je suis parfois rempli d’énergie, je suis souvent plus optimiste que défaitiste et j’ai du plaisir durant le plus clair de mon temps. Tous les jours, j’aurais pu t’écrire un article décrivant mes états d’âmes variants (bien que généralement positifs). Je ne l’ai pas fait parce qu’ils auraient été trop courts, trop simples et trop vides, à l’image de ces états. Et puis, il y a un autre obstacle : j’aurais eu à m’asseoir pour m’autodiagnostiquer sommairement et tirer une description correcte de c’qui se tramait à l’intérieur. C’est exactement ce que je ne voulais pas faire, me poser. Au fond, j’me dis tant mieux. J’pense que je n’aurais pas pu le faire avant ce soir, de toutes façons. 

J’me pousse à bout, en dedans comme en dehors. J’dois t’avouer que l’impression d’en faire trop m’a passée par la tête tantôt et l’autre jour aussi. Sauf que, j’dois bien te le faire comprendre, j’regretterai jamais tout ce qui s’est passé depuis le 23 juin. C’était très intense. Il y a beaucoup de choses qui se sont passées très vite, trop vite, pas aussi lentement que j’le voulais. Ce soir, je trouve que c’est tellement pas grave. Les choses passaient mais d’autres arrivaient immédiatement, anéantissant la formation d’un éventuel vide, et ça faisait du sens. Dans ce temps là, j’crois que tout ce que tu dois faire c’est profiter du moment présent, fermer ta gueule, mettre de côté les pensées encombrantes et espérer d’être capable de trouver ça suffisant dans le futur, lors d’une éventuelle rétrospective de tes vacances. Oui, jusqu’à maintenant, ça faisait et ça fait toujours du sens. 

Vois-tu comment le temps s’accélère, par ici? Vois-tu que, même si je cours, ça me fait du bien? C’est très épuisant la vie, quand tu la vis à fond. Mais j’commence vraiment à avoir la preuve concrète que ça en vaux la peine : je ne regrette plus ma manière de disposer de mon temps. L’impression d’avoir perdu des heures et des minutes ici et là m’a quitté, les jours et les nuits ne me glissent plus inexorablement entre les doigts. Je pense que j’ai pris mes vacances d’été en mains, même si j’me sens borderline, par moments. 

Et puis, comme tu le sais déjà, je suis en amour. C’est une très belle histoire. Ce sont de très beaux moments. C’est une très belle personne. Elle s’appelle Myriam. Ça fait pas si longtemps qu’on sort ensemble, mais j’nous trouve déjà particulièrement complice et surtout très alaise avec l’un et l’autre. On apprend à se connaître et on se trouve mutuellement très intéressant et très intelligent. On aime boire du thé et prendre des douches ensemble. J’me sens vrai et authentique quand j’suis avec elle, même que je ne ressens aucune pudeur quand je suis nu à ses côtés. Elle m’a déjà apris à m’abandonner, à décrocher, et ça, c’est vraiment nouveau/absolument merveilleux. Pour moi, ma blonde, c’est encore mieux que n’importe quel pays chaud que j’aurais pu visiter en famille cet été. J’suis partit en voyage avec elle dans un endroit bien spécial et j’suis certain que les couchés de soleil y sont encore plus doux que ceux du Costa Rica. 

Vois-tu comment le temps est bon, par ici? Vois-tu que, même si j’me sens instable, c’est plus qu’évident que je respire le bonheur?

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