Oh you fancy, huh?

Hier, Mymy et moi, on a pesé sur play.

Ma prof de thanatologie vient de m’envoyer un courriel pour m’aviser que son cours de demain matin est annulé. De toute ma vie, je n’ai jamais été aussi heureux qu’une vieille dame choppe le rhume.

J’aurais pu étudier pour mon cours de bio tout à l’heure dans l’autobus sauf que j’ai préféré utiliser 30% de la batterie de mon téléphone pour jouer à Pokémon. Mon Geodude est maintenant Lv.22 et j’suis très fière de l’équipe que nous formons lui et moi.

Le trio

J’me voilerai pas la face une autre fois en me faisant croire que c’qui s’est passé hier allait s’inscrire dans la longue liste des plus belles soirées de ma vie. Y’avait rien de mémorable. J’pense qu’on peut en retirer quelques anecdotes, mais c’est tout. 

J’aurais voulu te raconter à quel point c’était parfait et trop génial au Mayfair. Mais, of course, ça serait te mentir. Oui, on a ri. Oui, le film était bon. Oui, on a eu du plaisir et tout et tout. Sauf que, encore une fois, ce n’était pas comme avant. Ce n’était pas comme l’été dernier. J’comprend toujours pas pourquoi les choses doivent encore et toujours se passer comme ça. C’est à cause de l’amour, n’est-ce pas?

L’ambiance était lourde de malaise, de jalousie et de culpabilité. J’ai même ouvert la fenêtre de la voiture à quelques reprises dans le but de laisser évacuer un peu de ces immondices. C’est dommage, car je suis persuadé qu’au fond, on était tellement content d’être finalement réuni en trio, comme nous l’étions d’avril jusqu’à août. Cependant, depuis un certain temps, ce n’est plus du tout pareil. Le trio n’est plus que l’ombre de soi même. La dynamique est malsaine. Myriam et moi sommes en couple et ça dérange le troisième membre du trio, Valérie. La voiture avait à peine démarré qu’elle nous le faisait déjà remarquer de façon très éloquente. Elle l’a dit mot pour mot. Tac, tac, tac. J’avais le goût de m’enfoncer dans mon siège et de disparaître. Les choses se répétaient encore une fois, une fois de trop.

Valérie ne se sentait pas bien, ça crevait les yeux. Myriam et moi le sentions bien aussi. Ça me lève le coeur. Y’avait une sale ambiance dans la bagnole, y’avait une sale ambiance dans le Bagel Shop, y’avait une sale ambiance quand on marchait sur le trottoir, y’avait une sale ambiance partout, partout, partout. 

J’ai poussé les portes jaune moutarde et matelassées de la salle de cinéma. D’un geste de la main, j’ai invité mes comparses à pénétrer à l’intérieur en disant : «Bienvenu au Mayfair», comme si je fréquentais l’endroit depuis toujours (ce qui n’était pas du tout le cas). Elles semblaient ravies et quelque peu émerveillées par la beauté de l’établissement. C’est vrai que l’ensemble était assez bluffant. On a acheté un gros pop-corn, on a débattu sur l’assaisonnement qu’on y mettrait, on a choisi nos places et on s’est mis à discuter. C’était paisible. Y’avait pas d’animosité, j’crois qu’elle était restée dehors, on l’avait peut-être semé. Les lumières étaient parfaitement tamisées. Il n’y avait presque personne à part nous trois et quelques vieux monsieurs venues en solitaires. Des techniciens déplaçaient des morceaux de décor comme des statues de vampires néo-gothiques et une réplique très authentique d’Han Solo, prisonnier dans son bloc le carbonite gelé. J’avais la sincère impression que le trio était bel et bien réuni comme avant, j’nous revoyais encore dans nos mésaventures de l’été dernier, ça me semblait tellement lointain, soudainement, tellement inaccessible, dorénavant. J’me suis levé et j’suis allé dans le fond de la salle pour prendre une photo. J’voyais Val et Myriam parler et j’les entendais rire. Ça m’a fait du bien. Puis, le rideau s’est ouvert et j’me suis rassis. J’me suis demandé sans cesse, par la suite, comment l’amour a réussi à nous voler de beaux moments comme ceux-ci?

J’peux pas m’empêcher de repenser à cette soirée fatidique où l’amour a commencé à gruger peu à peu les liens de notre amitié. J’étais en colère contre Val. Mes sentiments pour Myriam étaient encore cachés à ce moment-là et j’avais peur qu’elle me la vole. On était tellement saoul. Ce fut une soirée de merde. On avait décidé de grimper sur le toit de la banque de mon quartier. Val était terrorisée, c’était trop haut. Elle voulait redescendre. J’étais couché avec Myriam sur la corniche où le logo de cette banque était accroché, elle formait un genre «u» dans lequel on était plutôt confortable. Myriam regardait les étoiles. Je regardais les petites voitures qui circulaient sur les routes désertes et je demandais à Val, de  façon intermittente, de monter sur la corniche avec nous. Elle refusait. Pourtant, il y avait de la place pour elle, sur cette corniche. Il y avait de la place pour trois. À deux, on avait froid. Encore aujourd’hui, j’aurais voulu qu’elle grimpe pour nous rejoindre. 

Je n’ai pas abandonné Valérie, ce soir-là. Myriam non plus ne la pas abandonné. Nous n’avons jamais eu l’intention de la rejeter d’aucune façon. On l’attendait, tout bonnement, sur la corniche. D’ailleurs, on l’attend encore, d’une certaine façon.

Ce n’est certainement pas de notre faute si on s’aime, Myriam et moi, arrêtons de culpabiliser. Si notre couple est le miroir dans lequel reflète le célibat de Valérie, mille excuses, mais on ne va certainement pas tout foutre en l’air pour elle. Et par «tout foutre en l’air», je ne parle pas que de notre relation amoureuse, j’y inclus aussi la relation d’amitié que nous avons avec Val. Je ne veux pas que le trio se fissure davantage. Je n’en peux plus de le voir s’effriter ainsi, au rythme chaotique de nos rencontres. Je ne veux pas tourner le dos à qui que ce soit. J’veux que ça redevienne comme avant. C’était parfait comme c’était, avant.

Alors, dites-moi, est-ce qu’on tire le rideau ou est-ce qu’on le ferme? Allez, grimpe.

Ma vie en dodos

Dans 2 dodos, j’vais aller voir un film de style horreur-érotique des années début-70 au Mayfair avec Valérie et Myriam. Valérie voulait pas y aller mais j’lui ai un peu tordu le bras et ensuite elle a accepté. Le film s’appelle Vampyres et il relate les moeurs de deux vampires lesbiennes. J’envisage de m’acheter du pop-corn.

Dans 3 dodos, j’vais faire dodo avec Myriam.

Dans 14 dodos, mes cours seront finis.

Dans 29 dodos, mes examens finaux seront finis.

Dans 30 dodos, c’est la fin du monde et il y aura un super gros party dans le sous-sol de la maison conformément à ce que j’avais prévu en 2007 lorsqu’on m’avait appris que l’apocalypse aura lieu le 21 décembre 2012. Le party, c’était mon plan b), en fait. Mon plan a), c’était que Myriam et moi allions se sauver très loin dans les bois du Canada pour éviter la catastrophe et après rebâtir l’humanité together au moment où on serait prêt à avoir des enfants. On prenait ça très au sérieux à l’époque et on avait tout planifié au court d’une conversation téléphonique. Sauf que là, ça fait à peu près quatre ans qu’on ne s’en est pas reparlé alors, du coup, j’ai conclu que ça a tombé à l’eau.

Dans 38 dodos, Myriam et moi allons faire l’amour dans le Vieux-Québec pendant 3 jours. On avait pas vraiment de critères spécifiques lorsqu’on a fait la recherche de notre chambre d’hotel. On a pris celle qui avait la plus belle douche.

Dans 39 dodos, il y aura des feux d’artifices dans la Grande-Place, ce sera le nouvel an, et j’aurai bu beaucoup de champagne.

En attendant, faut que j’reste réveillé.

Aujourd’hui, j’ai configuré la boîte vocale de mon téléphone portable. Je n’y avais jamais vraiment porté attention et j’étais curieux de savoir qui m’avait laissé les 7 messages qu’elle contenait. À l’exception d’un seul d’entre eux, ce sont tous des butt call de Valérie où on peut l’entendre écouter la radio, marcher ou conduire son auto. Great.

The Henry Clay People - Twenty-Five For the Rest of Our Lives

J’ai pris cet album chez le disquaire rien que parce que le cover était joli et j’regrette pas du tout d’avoir pris ce risque. 

Chère Val - Troisième et dernière lettre

Chère Val,

Faut que j’me pardonne. Faut que je suppose que tu acceptes mes excuses. Faut que j’me crois quand j’me dis que j’aurais rien pu faire pour te sauver la vie… T’étais pas loin, c’est vrai, mais comment est-ce que j’aurais pu savoir? 

Pendant qu’un homme te violait et t’assassinait, j’étais dans le salon bleu, pas très loin de toi. J’étais avec les autres. On parlait, on riait, on vivait, t’sais. Sais-tu à quel point on n’avait aucun doute sur qu’est-ce qui se tramait dans les bois, à ce moment précis? Aux yeux de tout le monde, nous n’avons rien à nous reprocher. Nous n’étions pas au courant. Nous étions proche, mais pas .

N’empêche que je ne me le suis jamais pardonné, ton assassinat. J’étais pas là, mais j’aurais pu être là. Pourquoi est-ce que j’aurais été là? Probablement pour des raisons toute aussi anodines que celles qui expliquaient ma présence dans le salon bleu à cette heure de la journée. Tous les rires que j’ai échangé avec les autres, pendant que ça se déroulait, je les ai ravalé un par un avec un dégoût impossible. Tout le plaisir que j’ai eu durant cette journée, je l’ai parfaitement transmuté en culpabilité. Tout ce que j’ai fait, le 23 août 2011, est devenu une vaste salle de torture dans laquelle je me martyrise quotidiennement.

Tu les connais bien les questions qui mijotent dans ma tête depuis plus d’un an? Tu peux les entendres quand elles explosent dans ma tête en brisant toutes les synapses de mes neurones? J’me demande, évidemment, à quoi tu pensais au moment où ton agresseur te tuait à coup de pierre sur ton crâne. J’me demande aussi si tu criais nos noms pour qu’on te vienne en aide. Tu devais avoir tellement peur. Tu devais être en colère contre nous. Tu devais nous détester vigoureusement. Est-ce que tu t’es sentie trahie? Crois-tu qu’on t’as abandonné? Est-ce que tu as souffert longtemps? Crois-tu qu’on aurait pu intervenir, d’une quelconque façon? Est-ce que tu nous pardonnes?

Au court des semaines qui ont suivi ta mort, j’ai fait l’engagement de te rendre hommage à tous les jours, de vivre pour deux, de faire les choses intensément et de profiter à fond de ce qu’on t’avait dérobé. Tout ça, c’était dans le but de me déculpabiliser de ne pas t’avoir sauvé la vie. C’était pour attirer ta sympathie. J’voulais bien faire.

Aujourd’hui, c’est trop difficile pour moi de continuer à fonctionner ainsi avec le poids d’une seconde personne sur mes épaules. Chaque fois que j’fais des erreurs ou que j’échoue, j’me dis que toi tu ne les aurais pas fait et que t’aurais réussi. C’est lourd, fucking lourd, même.

Tu as perdu la vie et moi non. C’est comme ça, Val. Ma vie, c’est pas ta vie. On ne peut plus fonctionner en unité. Je dois tourner la page ou, plutôt, l’arracher et passer à la suivante. Je dois amorcer mon deuil, un vrai de vrai deuil avec une conclusion et une issue. J’te laisse partir de mon esprit. J’te libère de mes hantises. J’te laisse mourir et j’me donne le droit de vivre.

Pour une dernière fois, repose en paix, Valérie. 

C’est fini. Demain, les choses seront plus simples.

Sexe

J’hésitais entre les baisers et les morsures. J’adorais les caresses, mais tes ongles qui s’enfonçaient dans ma peau me semblaient d’autant plus agréables. J’aime masser avec délicatesse ta chevelure blonde, sauf que je bous à l’idée de pouvoir y agripper ma main de nouveau. 

Ton visage se déformait de plaisir. Je plaçais ta tête tantôt contre ma poitrine, tantôt à plat sur le matelas. Sers-moi plus fort. Ne me touche pas. Crie. Sers les dents. Retiens ton souffle. Vide tes poumons de toute ton énergie. Je te murmure que je t’aime. Réponds-moi. Plus vite. Plus fort.

Tu voulais que je m’engouffre encore plus loin dans ton esprit. Tu voulais être possédée. Tu voulais être contrôlée, mais pas manipulée. Tu étais belle. Tu étais ailleurs. Tu étais loin. Tu ouvres les yeux un instant. Tu les refermes. Tu replonges. Tu repars. Je disposais de toi comme bon me semble. Tu étais si belle.

Je me suis saisi de ta nuque, j’ai collé tes lèvres contre les miennes. Je t’ai embrassé très longtemps, étouffant tes gémissements. Je me suis emparé de tes poignets, ma tête a tassé la tienne et j’ai eu accès au creux de ton cou, au saint Graal, au mythe, à l’apogée, à cet endroit parfumé où une peau douce et délicate recouvre les muscles forts qui se contractent. 

Plus fort, plus vite, encore, n’arrête pas. N’arrêtons pas.

Je t’ai redonné le contrôle. Tu es redescendue sur Terre, tu es revenue à toi, tu as refait surface. On avait chaud. Ton corps était brûlant. On haletait bruyamment. Je suis resté un moment collé contre toi. C’était fantastique.

Je t’aime comme un fou, Myriam.

Photo qui explique pourquoi j’aime le nouveau département des sciences sociales #2
Entre 7h30 et 10h y’a jamais personne sur l’inter-plateforme et c’est un coin parfait pour réviser en panique avant un examen de statistique tout en ayant un peu peur que son téléphone portable fasse une chute de 3 étages + une chaise trop haute.

Photo qui explique pourquoi j’aime le nouveau département des sciences sociales #2

Entre 7h30 et 10h y’a jamais personne sur l’inter-plateforme et c’est un coin parfait pour réviser en panique avant un examen de statistique tout en ayant un peu peur que son téléphone portable fasse une chute de 3 étages + une chaise trop haute.

Ma formation en santé et sécurité en laboratoire ainsi qu’en gestion de matières contrôlées est terminée. Les probabilités que je fasse exploser le deuxième étage du pavillon Vanier de l’université sont donc réduites de moitié. Pour le reste, on s’croise les doigts très fort.

La mort de mon hémisphère droit

Même si j’avais bien raison de le faire, j’veux pas me lamenter, cet après-midi. J’veux te raconter quelque chose qui, finalement, va peut-être bien finir.

Mon hémisphère droit est en train de mourir, du moins, une partie de lui : là où se loge le sens artistique, dans toute sa discrétion. J’ai arrêté de l’utiliser. Je l’ai laissé s’atrophié. J’ai sollicité ailleurs plutôt qu’ici. J’pensais que j’pouvais vivre sans lui. J’pensais pas qu’il m’était facultatif. Ça m’écoeure de me découvrir seulement quand j’me fais mal. Je tombe, j’me blesse, j’en tire une leçon puis j’me relève. C’est con que je sois toujours obligé de passer par les étapes «tomber» et «blesser» pour être capable de me connaître juste un peu plus, j’passerais bien à côté. La découverte du soi à travers les essais-erreurs, ça m’intéresse pas.

Tu l’auras compris, mes études m’en demandent énormément, j’te l’ai répété souvent. J’ai fait une croix sur bien des choses pour arriver à bout de mes objectifs. J’ai mis mes crayons de côté, entres autre. J’les utilise depuis que j’suis tout petit. Bon, c’est certain, y’a eu des moments où je n’y touchais plus vraiment sauf que je savais qu’ils m’étaient accessibles à tout moment si l’envie me prenait de gribouiller. La passion nous quitte souvent pour mieux revenir, tu sais. Mais cette fois, en septembre, c’est pas la passion qui m’a quitté. C’est moi qui a quitté ma passion. J’ai tourné le dos à mon hémisphère droit. J’pensais pas que c’était mal. J’pensais que ça allait de soi. J’pensais que j’étais dans la bonne voie, que j’faisais les bons choix. J’pensais pas que j’étais en train de tomber. Plus les semaines passaient, plus mon corps en chute libre prenait de la vitesse. Plus les jours passaient, plus je m’enfonçais dans le gouffre de mes objectifs irréalistes. Plus les minutes passaient, plus l’artiste en moi s’asphyxiait, étant privé de son irrigation en sang oxygéné acheminé par les artères crâniennes. En somme, plus ça allait, plus je mourais.

J’ai eu besoin de passer par l’étape «tomber» sauf que, cette fois, j’me suis pas blessé, pas encore. Je vois le sol à la fin de ma descente. Je n’ai pas besoin de le tâter du bout de mes doigts d’artiste pour réaliser que je vais bientôt le percuter de plein fouet. Il faut que j’arrête de tomber, maintenant. J’ai fini avant-hier le dessin que j’avais abandonné au début du mois de septembre. J’avais le goût de lui faire des excuses, mais ça n’aurait pas été assez. Je dois absolument en commencer un autre et le finir rapidement, dans un délai raisonnable. Puis, je dois recommencer, encore et encore, ne jamais m’arrêter. J’vais retrouver mon équilibre, en faisant ça. J’vais retrouver la satisfaction, en faisant ça. J’vais avoir du fun, en faisant ça. J’vais vivre en entier, en faisant ça.

Vas-y Oli, retourne-toi, lève les yeux, regarde l’étoile de lumière éclatante qui brille à la sortie de ton gouffre d’auto-négligence artistique, remonte, tire une leçon de ta grosse gaffe, relève-toi, tu n’a pas besoin de te blesser pour comprendre que tu ne dois plus jamais lâcher ton crayon 2B.

La balance basculera peut-être pas…

Il faut que je trouve un point d’équilibre au plus vite parce que la balance est vraiment sur le bord de se renverser.

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