Oh you fancy, huh?

J’veux que tu saches que, jusqu’à maintenant, tout va bien.

Ça serait bien si…

J’entame bientôt ma deuxième session d’université. On est en 2013. Du 31 jusqu’au 2, j’ai eu une gastro de la morria (je t’épargne tous les détails) qui a purgé mon corps de tous mes péchés et de mes quelques réserves de graisse. C’est une période de renouveau, j’pense bien. Cependant, je crois que je souhaite plutôt la continuité. Non, j’ai pas besoin de changement. Oui, je me fou pas mal des résolutions. Les choses commençaient vraiment à aller de bon train vers la fin de l’année et j’vois pas pourquoi j’devrais faire une croix sur ça et repartir à zéro, l’esprit libéré et tranquille. J’me sentais déjà bien. C’était pas parfait, mais c’était très correct.

Si, si, y’a bien quelques petits trucs que j’voudrais faire différemment durant la session d’hiver. Ça serait bien si j’pouvais voir plus souvent Valérie. Les études nous ont un peu séparé et ça, c’est malheureux. Elle habite pas si loin de chez moi mais il y a toujours un monticule formé de livres discordants et de dissertations de toutes sortes qui nous bloque le chemin. Maintenant qu’elle n’est plus aux études, ce devrait être plus simple. Aller prendre un café ou un thé avec elle dans les prochains jours, ça serait vraiment cool.

Aussi, j’aimerais encore et toujours pouvoir dessiner davantage. c’est pas facile. J’essaye de trouver un trou dans ma plage horaire pour tâter un peu ma tablette. C’est pas facile, mais j’y parviens de plus en plus souvent. Alors, thumbs up pour moi de ce côté là.

Finalement, faudrait vraiment que Myriam et moi puissions retourner s’isoler quelque part dans un lieu obscur du Québec, comme si tout notre entourage nous détesterait fermement et qu’il avait du nous chasser de la région, armé de torches et de fourches. Ainsi, on ne pourrait plus croire en rien sauf à notre amour qui est nourri par une passion quotidiennement grandissante. Ça serait scandaleusement dramatique et ce serait parfait comme ça. Notre séjour précédant à la capitale à été complètement gâché par un norovirus quelconque de la famille des caliciviridae. Il y a eu trop d’attente et d’enthousiasme dirigés vers ces petites vacances en amoureux pour que j’accepte de laisser ça comme ça. Pour le moment, j’ai encore une violente nausée rien qu’à l’idée de retourner dans une chambre d’hôtel ou de passer devant un des nombreux petits bistros qui jonchent les rues sinueuses de cette ville centenaire où l’on sert souvent rien d’autre que de copieux repas bien gras. Mais, bon, ça va me passer. Donne-moi encore quelques petites semaines et mon système digestif aura tout oublié de cette infernale guerre du Vietnam intestinale.

Enfin, tout ce que je souhaite, c’est que les choses continuent d’aller comme elles viennent. Je n’ai pas d’autres exigences. Ça serait bien si la vie pouvait être belle dans ma tête et en dehors de ma tête pendant encore un moment. C’est pas la mer à boire...

C’est ce que Myriam m’a acheté pour Noël. Est-ce que j’ai vraiment besoin de te dire que je l’aime beaucoup-beaucoup? C’est difficile de trouver un cadeau qui tape direct dans mes goûts parce qu’ils changent constamment. Mais, elle, elle en a trouvé 7.

J’ai déjà fait plusieurs choses

J’suis en vacance depuis environ 48h. Depuis, j’ai dessiné. J’ai joué aux jeux vidéo. J’ai essayé de faire une sieste. J’ai terminé la leçon numéro 3 de mon cours de japonais (je peux maintenant dire des phrases négatives et interrogatives, yeah)! J’ai écouté attentivement le troisième album de Crystal Castles, j’ai bien aimé. J’ai regardé Gummo, c’est sans aucun doute l’un des films les plus étrange de l’histoire du cinéma américain.  Il y avait un party chez moi, hier. J’ai profité de l’heure pendant laquelle ma petite amie faisait une sieste pour emballer ses cadeaux de Noël et j’ai très hâte de lui donner ce soir. Maintenant, j’dois lui faire une carte.

Merci beaucoup d’être passée. Ça m’a fait beaucoup de bien.

Travailler dans un super-marché ou l’art de développer un dégoût formidable pour l’entièreté du répertoire des cantiques de Noël.

Je suis peut-être pas tout à fait à mi-chemin mais au moins j’avance pas à reculons

Elle me regarde souvent, quand j’ai les yeux clos. J’me demande qu’est-ce qu’elle voit, j’me demande qu’est-ce que toi tu verrais.

Voyez-vous que ça va mieux? Voyez-vous que quand mes paupières sont fermées, c’est parce que je suis honnêtement détendu et non pas parce que j’veux fuir ma journée? J’veux pas laisser ça tomber dans les limbes. J’veux pas que personne ne passe à côté. J’veux que tout le monde s’arrête deux secondes pour réaliser que j’ai réussi à trouver, depuis quelques semaines, l’équilibre que j’avais perdu en août 2011. T’sais, finalement. Je l’ai cherché en sacrament, uh?

Ma première session d’université est presque terminée. J’peux affirmer que j’en suis ressorti grandi, même si j’suis encore très petit, a bout du compte. Encore une fois, c’est drôle comment j’me suis fait croire que ma vie allait traverser une sorte de ligne d’arrivé, plus tard, à un moment donné, demain, bientôt. J’pensais qu’éventuellement, tout serait fini, que les choses seraient complètes et que j’entrerais dans un tracé de certitude, d’assurance et de linéarité. Plus de bourrasque, plus de secousse, plus rien. J’ai avancé longtemps dans le but de me rendre à cette ligne d’arrivée. J’ai eu beau me l’imaginer du mieux que j’pouvais en scrutant l’horizon de mon destin, je ne l’ai jamais vu. Elle n’existe pas. Ou bien, elle est vraiment trop loin.

À force d’avancer, j’ai réalisé que j’préférais ralentir le rythme parce que la route me paraissait de plus en plus agréable. Y’a pas le feu. Je ne marche pas sur des charbons. J’ai enfin compris qu’à la limite, on s’en fou de la ligne d’arrivé, y’a peut-être mieux à faire en chemin. 

C’qui est pas bien, c’est de penser que tu t’es rendu au bout, que t’as gagné, que ton bassin a déchiré le ruban et que t’as dégoté la victoire. C’est mignon pendant quelque temps. Mais, rapidement, tu réalises que la course n’est pas finie, que t’as rien franchi du tout et qu’il te reste du chemin à faire. Tu tombes de haut à coup sûr. Puis, en plus, tu te rends compte que t’as pris du retard à force de vivre dans tes petites illusions. Je ne dis pas que la vie doit être un challenge perpétuel mais plutôt qu’elle ne doit pas être une victoire constante.

J’ai pas fini de travailler sur moi, c’est clair. J’vais rester un projet non fini jusqu’à ma mort, j’en suis conscient. Sauf que, je sais que j’suis pas juste un brouillon, y’a de plus en plus de traits qui me constituent que je n’aurai pas besoin de gommer dans le futur, y’a de belles lignes permanentes qui se forment ici et là. Il y en a quelques-unes que j’aimerais retoucher, bien entendu. Toutefois, l’encre est indélébile et j’apprends à faire avec.

Puis, quand j’ouvre mes yeux et que j’la vois, j’réalise à quel point j’me balance de la distance qui me sépare de la ligne d’arrivée. J’préfère de loin être ni un gagnant, ni un perdant et simplement continuer d’être dans la course parce qu’au fond, c’est là que ça se passe, sur la piste, avec toi, avec eux. J’ai franchi une autre grosse épreuve de ma vie et je ne ferai pas l’erreur d’essayer de me convaincre que c’était la dernière. Si demain les choses tournent mal, c’est correct. Ma ligne d’arrivée est dorénavant sous chacun de mes pas.

Je ne sais pas si ça dégage un peu trop d’énergie mystique tout ça, mais j’vois pas comment j’aurais pu t’en parler autrement. J’pense que tu vas comprendre.

Hier, Mymy et moi, on a pesé sur play.

Ma prof de thanatologie vient de m’envoyer un courriel pour m’aviser que son cours de demain matin est annulé. De toute ma vie, je n’ai jamais été aussi heureux qu’une vieille dame choppe le rhume.

J’aurais pu étudier pour mon cours de bio tout à l’heure dans l’autobus sauf que j’ai préféré utiliser 30% de la batterie de mon téléphone pour jouer à Pokémon. Mon Geodude est maintenant Lv.22 et j’suis très fière de l’équipe que nous formons lui et moi.

Le trio

J’me voilerai pas la face une autre fois en me faisant croire que c’qui s’est passé hier allait s’inscrire dans la longue liste des plus belles soirées de ma vie. Y’avait rien de mémorable. J’pense qu’on peut en retirer quelques anecdotes, mais c’est tout. 

J’aurais voulu te raconter à quel point c’était parfait et trop génial au Mayfair. Mais, of course, ça serait te mentir. Oui, on a ri. Oui, le film était bon. Oui, on a eu du plaisir et tout et tout. Sauf que, encore une fois, ce n’était pas comme avant. Ce n’était pas comme l’été dernier. J’comprend toujours pas pourquoi les choses doivent encore et toujours se passer comme ça. C’est à cause de l’amour, n’est-ce pas?

L’ambiance était lourde de malaise, de jalousie et de culpabilité. J’ai même ouvert la fenêtre de la voiture à quelques reprises dans le but de laisser évacuer un peu de ces immondices. C’est dommage, car je suis persuadé qu’au fond, on était tellement content d’être finalement réuni en trio, comme nous l’étions d’avril jusqu’à août. Cependant, depuis un certain temps, ce n’est plus du tout pareil. Le trio n’est plus que l’ombre de soi même. La dynamique est malsaine. Myriam et moi sommes en couple et ça dérange le troisième membre du trio, Valérie. La voiture avait à peine démarré qu’elle nous le faisait déjà remarquer de façon très éloquente. Elle l’a dit mot pour mot. Tac, tac, tac. J’avais le goût de m’enfoncer dans mon siège et de disparaître. Les choses se répétaient encore une fois, une fois de trop.

Valérie ne se sentait pas bien, ça crevait les yeux. Myriam et moi le sentions bien aussi. Ça me lève le coeur. Y’avait une sale ambiance dans la bagnole, y’avait une sale ambiance dans le Bagel Shop, y’avait une sale ambiance quand on marchait sur le trottoir, y’avait une sale ambiance partout, partout, partout. 

J’ai poussé les portes jaune moutarde et matelassées de la salle de cinéma. D’un geste de la main, j’ai invité mes comparses à pénétrer à l’intérieur en disant : «Bienvenu au Mayfair», comme si je fréquentais l’endroit depuis toujours (ce qui n’était pas du tout le cas). Elles semblaient ravies et quelque peu émerveillées par la beauté de l’établissement. C’est vrai que l’ensemble était assez bluffant. On a acheté un gros pop-corn, on a débattu sur l’assaisonnement qu’on y mettrait, on a choisi nos places et on s’est mis à discuter. C’était paisible. Y’avait pas d’animosité, j’crois qu’elle était restée dehors, on l’avait peut-être semé. Les lumières étaient parfaitement tamisées. Il n’y avait presque personne à part nous trois et quelques vieux monsieurs venues en solitaires. Des techniciens déplaçaient des morceaux de décor comme des statues de vampires néo-gothiques et une réplique très authentique d’Han Solo, prisonnier dans son bloc le carbonite gelé. J’avais la sincère impression que le trio était bel et bien réuni comme avant, j’nous revoyais encore dans nos mésaventures de l’été dernier, ça me semblait tellement lointain, soudainement, tellement inaccessible, dorénavant. J’me suis levé et j’suis allé dans le fond de la salle pour prendre une photo. J’voyais Val et Myriam parler et j’les entendais rire. Ça m’a fait du bien. Puis, le rideau s’est ouvert et j’me suis rassis. J’me suis demandé sans cesse, par la suite, comment l’amour a réussi à nous voler de beaux moments comme ceux-ci?

J’peux pas m’empêcher de repenser à cette soirée fatidique où l’amour a commencé à gruger peu à peu les liens de notre amitié. J’étais en colère contre Val. Mes sentiments pour Myriam étaient encore cachés à ce moment-là et j’avais peur qu’elle me la vole. On était tellement saoul. Ce fut une soirée de merde. On avait décidé de grimper sur le toit de la banque de mon quartier. Val était terrorisée, c’était trop haut. Elle voulait redescendre. J’étais couché avec Myriam sur la corniche où le logo de cette banque était accroché, elle formait un genre «u» dans lequel on était plutôt confortable. Myriam regardait les étoiles. Je regardais les petites voitures qui circulaient sur les routes désertes et je demandais à Val, de  façon intermittente, de monter sur la corniche avec nous. Elle refusait. Pourtant, il y avait de la place pour elle, sur cette corniche. Il y avait de la place pour trois. À deux, on avait froid. Encore aujourd’hui, j’aurais voulu qu’elle grimpe pour nous rejoindre. 

Je n’ai pas abandonné Valérie, ce soir-là. Myriam non plus ne la pas abandonné. Nous n’avons jamais eu l’intention de la rejeter d’aucune façon. On l’attendait, tout bonnement, sur la corniche. D’ailleurs, on l’attend encore, d’une certaine façon.

Ce n’est certainement pas de notre faute si on s’aime, Myriam et moi, arrêtons de culpabiliser. Si notre couple est le miroir dans lequel reflète le célibat de Valérie, mille excuses, mais on ne va certainement pas tout foutre en l’air pour elle. Et par «tout foutre en l’air», je ne parle pas que de notre relation amoureuse, j’y inclus aussi la relation d’amitié que nous avons avec Val. Je ne veux pas que le trio se fissure davantage. Je n’en peux plus de le voir s’effriter ainsi, au rythme chaotique de nos rencontres. Je ne veux pas tourner le dos à qui que ce soit. J’veux que ça redevienne comme avant. C’était parfait comme c’était, avant.

Alors, dites-moi, est-ce qu’on tire le rideau ou est-ce qu’on le ferme? Allez, grimpe.

Ma vie en dodos

Dans 2 dodos, j’vais aller voir un film de style horreur-érotique des années début-70 au Mayfair avec Valérie et Myriam. Valérie voulait pas y aller mais j’lui ai un peu tordu le bras et ensuite elle a accepté. Le film s’appelle Vampyres et il relate les moeurs de deux vampires lesbiennes. J’envisage de m’acheter du pop-corn.

Dans 3 dodos, j’vais faire dodo avec Myriam.

Dans 14 dodos, mes cours seront finis.

Dans 29 dodos, mes examens finaux seront finis.

Dans 30 dodos, c’est la fin du monde et il y aura un super gros party dans le sous-sol de la maison conformément à ce que j’avais prévu en 2007 lorsqu’on m’avait appris que l’apocalypse aura lieu le 21 décembre 2012. Le party, c’était mon plan b), en fait. Mon plan a), c’était que Myriam et moi allions se sauver très loin dans les bois du Canada pour éviter la catastrophe et après rebâtir l’humanité together au moment où on serait prêt à avoir des enfants. On prenait ça très au sérieux à l’époque et on avait tout planifié au court d’une conversation téléphonique. Sauf que là, ça fait à peu près quatre ans qu’on ne s’en est pas reparlé alors, du coup, j’ai conclu que ça a tombé à l’eau.

Dans 38 dodos, Myriam et moi allons faire l’amour dans le Vieux-Québec pendant 3 jours. On avait pas vraiment de critères spécifiques lorsqu’on a fait la recherche de notre chambre d’hotel. On a pris celle qui avait la plus belle douche.

Dans 39 dodos, il y aura des feux d’artifices dans la Grande-Place, ce sera le nouvel an, et j’aurai bu beaucoup de champagne.

En attendant, faut que j’reste réveillé.

Aujourd’hui, j’ai configuré la boîte vocale de mon téléphone portable. Je n’y avais jamais vraiment porté attention et j’étais curieux de savoir qui m’avait laissé les 7 messages qu’elle contenait. À l’exception d’un seul d’entre eux, ce sont tous des butt call de Valérie où on peut l’entendre écouter la radio, marcher ou conduire son auto. Great.

Theme