2 ans plus tard

J’étais pas à l’arbre, j’étais pas à Gatineau, j’étais même pas au Québec. J’étais au Black Market, sur la rue Queen, dans un sous-sol qui sentait l’humidité. J’étais loin d’elle et de tout ce qui s’est passé. Loin des caméras, des curieux et du dégueulasse aura de deuil duquel j’étais complétement saturé en automne dernier. Ça fait deux ans que V. est décédée et je vais être bien honnête avec toi : je n’ai rien fait pour elle, à part lever une canette de Pabst en son honneur. C’était une belle journée à Toronto et j’suis convaincu que V. était tout à fait ravie pour moi.

J’vais aller lui rendre visite au columbarium avec Val, la semaine prochaine, et ce sera suffisant. J’ai une petite pensé pour elle à tous les jours, plusieurs fois par jour. Je sais qu’elle le sait, ça.

Pastels jaunes, roses, noirs et verts par Madame Douh-douh, 2013

Depuis mars dernier, je suis intervenant auprès des personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer. Mon emploi était déjà très gratifiant sur plusieurs plans, mais il l’est devenu encore plus avant-hier, lorsque madame Douh-douh (il s’agit d’un nom fictif, évidemment) m’a fait un dessin.

Qu’elle ne se rappelle pas de moi aujourd’hui ou que mon visage ne lui dise pas grand chose après 15 minutes, je m’en fiche, son dessin est superbe et je vais l’afficher sur un des murs de ma chambre.

C’était un 24h fantastique, au chalet. Myriam avait annulé la réservation au resto car j’avais décidé impulsivement que je ne voulais plus fêter nos un an ici, j’voulais les fêter ailleurs. On est allé au chalet, avec des feux d’artifice et une caisse de 12. Sous les draps, bien au chaud, plutôt défoncé, avec le crépitement du feu de foyer, collé en cuillère, on était vraiment bien.

Tout à l’heure, sur la rue, j’ai croisé mon sans-abris préféré. C’est le seul dans tout Ottawa qui vient voir les gens d’abord pour leur parler et, ensuite, demander poliment de l’argent. Ça change des “You’ sure ‘bout that?” que je reçois avec un regard méprisant quand je dis que je n’ai pas de monnaie sur moi. J’ai, 99% du temps, juste une carte de débit, mon vieux. Toutes mes transactions, comme celles de la majorité des gens en 2013, sont électroniques, be sure about that.

Enfin, mon sans-abris, lui, il est drôle. Il a l’art de te laisser le cœur rempli de joie, et non pas de culpabilité, et ce, que tu lui donnes du blé ou non. Aujourd’hui, lorsqu’il s’est présenté à moi, il m’a dévisagé. Il regardait mon septum attentivement. Il m’a demandé si ça me faisait mal. Je lui ai dit que non. Il a rit et il est parti en me disant que je ressemblais à Super-Man (probablement à cause de mes lunettes).

La prochaine fois que je le recroise, je vais lui demander son nom.