Oh you fancy, huh?

C’est Daphnée qui m’a réveillé ce matin. Elle voulait me montrer sa roche rose, alors Audrey l’a posé sur mon lit. Ça m’a fait plaisir. Elle m’a donné un gros bisou.

On s’est dit demain, chez toi, à environ 2h30, oublies pas.

J’ai hâte de te revoir, demain. On va commander de la pizza avec une croûte au fromage et, si on est chanceux, on va regarder HOME ensemble. J’espère qu’on va être collé même si on risque d’avoir trop chaud car t’as pas l’air climatisé. Et puis, j’ai vraiment hâte de sentir à nouveau l’odeur sucré qui émane de ton cou. Depuis avant-hier soir, je me la repasse en boucle dans ma tête, cette odeur. Elle me fait bouillir. J’ai aussi très hâte de t’embrasser à nouveau, très hâte de ressentir ces petits pétillements sur le bout de mes lèvres quand tu en dessines le contour avec tes doigts délicats, ça fait des genres d’étincelles minuscules, comme celles qu’il y a quand on passe sa main sur l’écran d’une télévision éteinte. Bon, je t’accorde que la comparaison est bof-bof, mais c’est quelque chose qui s’explique difficilement.

Bref, j’ai vraiment hâte.

Cinquième et dernier essai publié sur ce blog. Les prochains seront ici.

Cinquième et dernier essai publié sur ce blog. Les prochains seront ici.

Quatrième essai

Quatrième essai

Troisième essai

Troisième essai

Deuxième essai

Deuxième essai

J’ai reçu ma tablette graphique aujourd’hui. C’est ma première vraie de vraie tablette alors tu juges pas la qualité de ce premier vrai de vrai dessin. J’me doutais que ça allait être plus ardu que de crayonner une feuille de papier, mais pas à ce point là. J’ai même oublié comment dessiner des mains, apparemment. Sauf qu’au moins, toutes mes étoiles ont cinq branches, alors j’suis pas 100% anéanti.

J’ai reçu ma tablette graphique aujourd’hui. C’est ma première vraie de vraie tablette alors tu juges pas la qualité de ce premier vrai de vrai dessin. J’me doutais que ça allait être plus ardu que de crayonner une feuille de papier, mais pas à ce point là. J’ai même oublié comment dessiner des mains, apparemment. Sauf qu’au moins, toutes mes étoiles ont cinq branches, alors j’suis pas 100% anéanti.

Merci aux Crystal Castles parce que sans eux j’aurais surement pété un truc dans ma maison et après j’l’aurais beaucoup regretté. Edit : Merci aussi à Myriam qui a pris la relève avec son jeu de Scrabble.

Mamie Part 2

D’abord, j’veux que tu saches que je ne déteste pas Montréal. Sauf que y’a plusieurs trucs qui se trament là-bas qui me donnent la nausée quand j’y pense rien qu’un peu.

J’y étais, y’a quelques jours, à Montréal. C’était pour aller voir mes grands-parents. Si t’as moindrement suivi ma vie à travers mes billets, tu sais déjà que Mamie était à l’hôpital. Et bien, maintenant, mon Papi aussi l’est. 

Je savais que ça n’allait pas être la joie là-bas. On m’a forcé à y aller parce qu’il fallait que je donne un coup de main à mes parents pour vider le condominium de mes grands-parents, qui n’ont visiblement plus les capacités requises pour le loger. Une fois sur place, mon père a mis la clé dans la porte et a ouvert. On a tout de suite été terriblement dévasté par le portrait de l’endroit. On aurait dit qu’il y avait eu un vol. Un vol efficace et préparé depuis longtemps. Tous les meubles étaient déplacés et vidés de leur contenu. Des dizaines de boites en carton pleines à craquer jonchaient le sol. Il ne restait que quelques cadres sur les murs, parfois dénudés de leurs photos. Sur chaque chose, il y avait un post-it où on pouvait lire, inscrit au feutre noir, le nom de D. ou de F. :les soeurs de mon père, mes tantes, donc. Sous leurs noms, il y avait aussi leurs deux adresses respectives. C’était pour que le déménageur sache chez laquelle de ces deux filles indignes il lui fallait déposer les possessions de mes grands-parents. Nous avons ensuite pénétré tranquillement dans la cuisine. Une note nous indiquait qu’on pouvait prendre ce qu’il restait. Après un rapide coup d’oeil, nous avons vite compris qu’il n’y avait rien d’autre que les babioles accumulées en petites piles sur la table de la salle à manger qui n’arboraient pas le nom d’une de mes deux tantes. Tout le monde avait fait son tour avant nous, apparemment. Une de mes cousines est partie avec les bibelots kitsch de Mamie et un de mes cousins avec les clés de l’auto de Papi. Ma mère, qui essayait de se venger en piochant le plus de choses possible sur la table, nous demandait sèchement de prendre tout ce qu’on pouvait et de préparer, nous aussi, des boites. Elle semblait très énervée et procédait rapidement comme si elle craignait que mes tantes reviennent pour en reprendre davantage. Mon père se promenait en silence et constatait le carnage dans les autres pièces du condo. Il avait l’air paisible mais seulement à première vue. Ma soeur s’est assise sur le canapé d’époque, le visage livide. Elle fixait le mur d’en face où l’on pouvait encore distinguer pâlement la trace d’un grand tableau. Je viens la rejoindre malgré les demandes répétées de ma mère qui m’encourageait obstinément à faire des boites. En m’assoyant, je me suis souvenu à quel point je détestait ce canapé. À Noël, j’étais forcé d’y prendre place pour déballer mes cadeaux et ça rendait l’expérience un niveau moins plaisant, puisqu’il était extrêmement rigide. Il était difficile de supposer comment ce vieux meuble pouvait être encore plus inconfortable, mais il semblerait que F. (selon le post-it collé en évidence sur l’appui-bras) ait trouvé la solution : il suffit de retirer tous les coussins. En effet, F. avait visiblement peur qu’on quitte égoïstement avec son nouveau bien alors, par précaution supplémentaire au post-it, elle a pris soin de le rendre encore moins désirable pour ma famille et moi. C’est vrai que nous sommes à craindre! Nous sommes les seuls qui ne sont pas millionnaires dans la famille, il est donc tout à fait juste que ma tante pense qu’on veuille la voler. Je la trouve très sage de faire preuve d’autant de prudence à notre égard. J’ai finalement aidé ma mère à faire quelques boites et ma soeur aussi. J’y ai mis des napperons, un peu de vaisselle, des sous-verre et des ustensiles de cuisine. Ma soeur est partie avec la boîte aux lettres, vas savoir pourquoi.

On a quitté le condo pour aller faire un coucou aux personnes que nous avions cambriolé dans le même quart d’heure. En les voyant, ces deux victimes, ma soeur a fondu en larmes. Ils ne nous ont pas reconnus, sur le coup. Peut-être que notre culpabilité avait momentanément déformé tous les traits de nos visages. Ils étaient contents de nous voir. Mamie nous a demandé plusieurs fois si nous étions vraiment là avec elle pour de vrai. On les complimentait grassement, même s’il n’y avait absolument rien de positif à leur associer. On leur disait qu’on les trouvait en forme, même si Papi avait dorénavant besoin de son fauteuil roulant pour se déplacer. On feignait d’être impressionné par leur vigueur, même si Mamie avait la main droite paralysée depuis le petit déjeuner. On disait de belles choses, même si on se sentait parfaitement hideux.

J’ai été honnête. Je leur ai tout dit. J’ai fait le petit inventaire de ce que j’ai piqué. Mamie m’a simplement souri et m’a dit qu’il lui semblait que j’avais encore grandi. Papi me regardait attentivement et ne m’avait pas vraiment écouté, je crois. J’aurais pu leur répéter avec plus de vigueur, utiliser une chaise comme pied d’estale et crier énergiquement qu’on leur avait tout pris et qu’ils devaient faire quelque chose, tout ça sous la forme d’un puissant monologue. Mais, je ne l’ai pas fait. Je savais que Mamie m’aurait quand même dit que j’avais grandi et que papi ne m’aurait pas écouté. Ils sont trop vieux pour comprendre ce genre de chose, et moi, ironiquement, j’me trouvais trop jeune pour avoir à leur expliquer.

Pendant le souper, Mamie s’est retournée vers moi et m’a pris la main sans jamais la lâcher pendant de longues minutes. Ses doigts me communiquaient pleins de choses, pleins de vibrations. Sa paume réchauffait la mienne. Je regardais longuement le petit bracelet que ma soeur lui avait confectionné. Elle avait peur de l’avoir fait trop court mais heureusement Mamie avait encore maigri et son poignet a le diamètre d’un deux dollars. Ça faisait longtemps que je ne t’avais pas sentie aussi présente…

En traversant le pont Jacques-Cartier, j’ai recommencé à respirer. 

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