Oh you fancy, huh?

Assis sur la bordure du trottoir en attendant le bus, tout ce que j’ai de besoin c’est du Kafka et les textos de Val.

Assis sur la bordure du trottoir en attendant le bus, tout ce que j’ai de besoin c’est du Kafka et les textos de Val.

Help

J’ai descendu la pente pour voir c’que ça faisait, j’pense. Une chance que les cours ont repris, j’étais à  un verre prêt de l’alcoolisme. Pendant presque deux mois et demi, j’roulais à 100 milles à l’heure, bien au delà de la limite permise. J’enchaînais les partys aussi vite que je descendais les pichets de bière. J’pouvais pas m’arrêter. J’voulais pas m’arrêter. J’ai même pas songé à m’arrêter. Un soir sur deux, j’me laissais couler comme le Queen Elizabeth en laissant mourir, sans pitié, tous mes passagers. J’me réveillais tard, la lumière du soleil se donnait le devoir de me percer les yeux tous les jours, j’voulais pas le regarder, j’voulais qu’il s’écroule en silence pour que tout redevienne noir et flou.

Honnêtement, je ne comprends pas pourquoi j’me suis fait ça, pourquoi j’me suis donné en spectacle comme ça. C’est pas moi, ça. Mais ce qui est encore plus incompréhensible, c’est que personne ne m’a dit “stop”. À la limite, on me disait “continues”. Vous savez, ils y a des alcooliques perchés ici et là sur les branches de mon arbre généalogique. Ça me fait mal de le supposer, mais je suis peut-être moins bien entouré que je pensais. Est-ce que mes mauvaises passes sont trop peu éloquentes pour que vous les perceviez? Mon indépendance vous empêche-t-ils de me tendre la main? Cependant, sachez que je ne vous blâme pas, très sincèrement. Je crois que j’aurais pris votre main seulement s’il y avait une canette de bière dedans. 

J’étais à un resto sénégalais vendredi dernier pour la fête de mon père. Ma coupe de vin était vide et j’la voulais pleine, bien pleine jusqu’au rebord, débordante et dégoulinante d’alcool. Ma coupe était vide et j’avais de la misère à penser à autre chose. J’ai eu peur de moi-même, encore. J’m’en veux. J’ai mis mon pied dans un piège à ours et je l’ai retiré avant qu’il referme sa mâchoire sur ma jambe. J’me trouve malchanceux dans ma chance. J’aurais préférer ne jamais réaliser que j’étais propriétaire de ce vice. 

J’crois que c’est déjà fini. Mais j’dis pas que vous pouvez dorénavant l’ignorer. Craignez-moi davantage. 

Mamie

J’voulais pas t’appeler mais mon père m’aurait cassé le bras si j’lui avais encore fait signe de non en désignant le téléphone qu’il me tendait depuis une semaine. Je savais déjà c’que tu avais, mamie. J’avais pas envie qu’on me le confirme. On a pas besoin de voir c’qui se cache en dessous d’un pansement pour s’apercevoir que c’est une blessure. Alors, voilà, j’ai composé machinalement le numéro de l’hôpital, ensuite celui de ta chambre. Je croisais les doigts pour que tu ne répondes pas.

J’anticipais déjà, pendant que la tonalité ronronnait par intervalles dans le combiné, que j’aurais de la difficulté à entendre ta voix, vu l’état dans lequel tu reposes. Il faut croire que j’aie été trop optimiste. Ça m’a pris un certain moment avant de comprendre que tu avais décroché. Je répétais “Allo. Allo. Est-ce que tu m’entends? Allo?”, comme si je voulais vérifier que les petits chuchotements qui me chatouillaient les oreilles entre chacune de mes paroles étaient bien tout ce que tu avais la force d’articuler en guise de réponse. Un certain enthousiasme me saisit soudain, j’avais le goût de te dire plein de choses en même temps, de te couper la parole et de raccrocher en aillant parfaitement ignoré le fait que tu n’allais pas bien. Mon plan a aussitôt échoué, tu avais déjà pris les devants. De parts et d’autres de notre conversation, tu m’indiquais sur un ton pointilleux depuis combien de temps tu étais à l’hôpital. Parfois, tu disais que ça faisait 1 semaine et d’autres fois 3 mois. Tu ne t’en souvenais plus. Tu m’as dit que tu attendais papi, qu’il devait arriver bientôt pour te chercher et te ramener avec lui au condominium. Et, pourtant, tu détestes ce condo. Tu me disais, il n’y a pas si longtemps, que tu regrettais amèrement votre jolie maison à St-Lambert. À chaque fois qu’on te parlait de ta nouvelle résidence sur la rive sud de Montréal, ton visage grimaçait de colère et tes petits poings, tout ridés et usés à force de mélanger de la pâte à biscuit et d’entretenir les centaines de fleurs occupant ton jardin, se serraient comme deux étaux. La chambre où tu te trouvais devait donc être exceptionnellement repoussante pour que tu puisses désirer à ce point retourner là-bas. Qu’importe. Tu n’y retourneras pas. Tu ne t’en souvenais pas et tu ne t’en souviendras jamais, mamie. Plus jamais tu ne pourras retourner vivre avec papi ; tu n’es pas assez vivante pour en avoir le droit et lui, pas assez mort pour aller te rejoindre dans la prochaine institution où tu logeras. Tu es éparpillée, tu ne te rends pas compte que ton corps en entier s’émiette petit à petit, ta naïveté m’a rendu momentanément furax. “En tout cas, c’est certainement pas à l’hôpital que je vais guérir, tu sais? Être prise ici entre quatre murs, c’est plate en chien!”, m’as-tu confié en parlant encore moins fort, comme si c’était un secret. Ça m’a calmé, j’ai arrêté de me mordre les lèvres, même que tu m’as fait rire un peu. 

Je t’ai dit je t’aime. Tu m’as envoyé des becs imaginaires que ta bouche avait du mal à mimer au téléphone, on aurait dit que tu sursautais. Je crois que tu pleurais. J’en veux à mon père de m’avoir forcé à t’appeler. Je voulais pas entendre ça. Putain, je voulais vraiment pas entendre ça.

Je suis rentré dans ma maison comme si j’me sauvais du croque-mitaine, comme si j’me terrais dans un bunker. Dans ma maison, c’est pas grave si je tombe par terre, c’est pas grave si j’ai l’air con parce que j’ai trop bu. J’peux avoir autant de difficulté à marcher que je veux, je dérange personne et j’crois qu’à ce moment là, c’était tout ce qui importait. J’me suis écrasé dans mon lit comme un suicidaire l’aurait fait en bas du 13e étage. J’me forçais pour écrire des bonnes nuits sur le clavier de mon portable, ça ressemblait à rien, j’écrivais en latin. Puis j’ai pris ma tête dans mes mains et j’ai pensé : “Pourquoi, esti?” Peut-être que je l’ai hurlé. De toute façon, ça aurait rien changé. Mes idées se tassent et j’reviens un peu sur terre. J’suis reparti aussitôt dans les vapes. Même si j’voulais pas les revoir, elles venaient et partaient, comme les vagues de la plage. La plage… J’me souviens soudainement de Kingston, brillant sous le soleil d’un été passé. Mes pieds trempaient dans l’eau, mes genoux aussi. Pourquoi j’étais ici et pas là-bas? J’entends quelque chose dehors, des murmures. J’avais envie d’écouter attentivement ce qu’ils racontaient. Cependant, j’aurais eu trop honte de leur répondre étant donné l’état dans lequel j’me morfondais honteusement. Mais c’était pas des murmures. J’ai ensuite cru que c’était le vent. Puis, finalement, j’ai compris. C’était les oiseaux qui gazouillaient. Il était 5h du matin. Par ma fenêtre, j’étudiais désormais les rayons du soleil levant qui déchirait délicatement la nuit, comme s’ils ne voulaient pas lui faire trop mal. Des feuilles d’arbres tombaient par dizaines, on aurait dit des étincelles, des cendres célestes. J’aurais voulu être à Kingston. 

Je suis rentré dans ma maison comme si j’me sauvais du croque-mitaine, comme si j’me terrais dans un bunker. Dans ma maison, c’est pas grave si je tombe par terre, c’est pas grave si j’ai l’air con parce que j’ai trop bu. J’peux avoir autant de difficulté à marcher que je veux, je dérange personne et j’crois qu’à ce moment là, c’était tout ce qui importait. J’me suis écrasé dans mon lit comme un suicidaire l’aurait fait en bas du 13e étage. J’me forçais pour écrire des bonnes nuits sur le clavier de mon portable, ça ressemblait à rien, j’écrivais en latin. Puis j’ai pris ma tête dans mes mains et j’ai pensé : “Pourquoi, esti?” Peut-être que je l’ai hurlé. De toute façon, ça aurait rien changé. Mes idées se tassent et j’reviens un peu sur terre. J’suis reparti aussitôt dans les vapes. Même si j’voulais pas les revoir, elles venaient et partaient, comme les vagues de la plage. La plage… J’me souviens soudainement de Kingston, brillant sous le soleil d’un été passé. Mes pieds trempaient dans l’eau, mes genoux aussi. Pourquoi j’étais ici et pas là-bas? J’entends quelque chose dehors, des murmures. J’avais envie d’écouter attentivement ce qu’ils racontaient. Cependant, j’aurais eu trop honte de leur répondre étant donné l’état dans lequel j’me morfondais honteusement. Mais c’était pas des murmures. J’ai ensuite cru que c’était le vent. Puis, finalement, j’ai compris. C’était les oiseaux qui gazouillaient. Il était 5h du matin. Par ma fenêtre, j’étudiais désormais les rayons du soleil levant qui déchirait délicatement la nuit, comme s’ils ne voulaient pas lui faire trop mal. Des feuilles d’arbres tombaient par dizaines, on aurait dit des étincelles, des cendres célestes. J’aurais voulu être à Kingston. 

Sparadrap

Il y avait encore des lumières et des guirlandes à décrocher. Hier, j’avais trop mal à la tête pour passer l’aspirateur et fermer le divan-lit. Je m’étais dégoté LA gueule de bois. Tu sais, celle dont tu gardes éternellement le souvenir cuisant dans ta tête, celle qui était si terrible que tu veux vomir rien qu’en y repensant.

J’me sentais seul, en faisant le ménage. J’voulais que mes amis reviennent même si ça faisait 31 heures que le party était fini. Personne ne répondait à mes textos et il y avait rien de bon à la télé. Ma soeur travaillait et mes parents étaient partis faire les emplettes. La Presse ne publie rien le dimanche et j’avais pas le moral pour dessiner. J’ai mis le nouveau CD que j’ai acheté avec Myriam dans le radio : le best of de Nirvana. Il me fallait cet album car je savais que j’en aurais besoin pour un éventuel après-midi bassinant où il me manquerait quelque chose mais que je ne saurais pas quoi. C’est l’album à C. À l’époque où on travaillait encore au restaurant de sushi du quartier, C et moi faisions la fermeture ensemble environ trois fois par semaine. On s’connaissait pas, au début. Même qu’on se parlait pas. On mettait la radio machinalement comme si cette option était issue d’un commun accord de “J’veux pas t’imposer ma musique, la radio te convient surement même si c’est pas terrible c’qui joue.” Et puis, il y a eu ce soir. Elle m’a tendu son iPod vert lime et m’a dit : “Qu’est-ce que tu veux écouter? Choisis.” Je faisais tourner mon pouce sur la molette cliquable et j’essayais de dénicher, à travers tous ces bands inconnus, un album que je connaissais. J’ai trouvé Nirvana. J’en avais jamais écouté mais en revanche j’avais souvent entendu le nom.

À partir de ce moment, on l’a écouté à maintes reprises. En fait, on l’écoutait tout le temps. Je me revois passer le balais à “About a Girl”, je sens l’odeur des avocats écrasés et du riz collés entre les tiges de bambou du makisu pendant “Come as you are” et j’entend l’absence du tintement des pièces de monnaies entre les doigts agiles de C qui compte la caisse durant “Dumb”. J’ai poussé un soupir de soulagement à la fin de la dernière piste. Cet album est un sparadrap de nostalgie, de nostalgie qui fait du bien, de nostalgie qui fout pas le moral à terre.

J’ai ramassé les dernières cochonneries dans la cuisine en écoutant le silence. J’étais complètement repu.

My new bff.

My new bff.

On n’était pas capable de savoir. On avait monté la montagne pour se rendre à un belvédère improvisé, comme si on était à la recherche de réponses. On s’creusait la tête sur le bord d’un feu éteint, assis sur des chaises salies par le printemps, en mangeant des sandwichs au salami avec des bouteille de Perrier au citron à la main. En fait, j’crois qu’on se posait pas de question. On pensait à rien. On regardait l’horizon et le paysage nous confirmait qu’il n’y avait rien à rajouter. Tout était parfait comme ça. Pas la peine de parler ou de remettre de l’ordre dans nos idées, c’était pas le moment car… C’était un bon moment.

J’dois m’acheter des CD

J’ai l’impression d’être ailleurs depuis quelques jours. J’ai la tête à moitié dans les nuages et à moitié dans autres choses. Et puis, j’peux pas vous assurer que mes deux pieds touchent le sol. Je ne sais pas si c’est la grève qui me fait ça ou plutôt l’été qui se pointe par intervals de sept jours. Dans tous les cas, y’a quelque chose qui se trame. 

J’ai dit “non” à une fille. Elle était sympa, mais j’accrochais pas. J’me suis même pas donné la peine d’essayer, j’voulais pas. J’suis pas convaincu de c’que je veux en ce moment, toutefois, j’suis convaincu que c’était pas elle. J’suis allé voir V au columbarium. Ma gorge s’est tout de suite resserrée, j’étais crispé jusqu’en dedans, j’fermais mes yeux comme pour essayer de fuir l’évidence : V est morte. V, même si parfois on arrive plus ou moins à croire qu’elle est ailleurs, elle est là, au columbarium. Dans la cour arrière de la maison, il y a un pin blanc et un pin argenté qui font des “crackkkkk, crackkkkk”. C’est juste un degré plus agréable que des ongles sur un tableau. Mais j’leur en veux plus, étant donné leur situation. Ils s’enlacent et se torsadent. Quand le vent souffle, l’écorce de l’un se frictionne avec celle de l’autre, d’où le grincement. J’arrête pas de me dire que j’devrais les prendre en photo sur mon cellulaire pour avoir une anecdote full symbolique à porté de la main. J’suis écoeuré d’écouter les mêmes chansons. J’ai abusé de chaque album sur mon iPod. Même que, dans le bus, j’met mes écouteurs sur mes oreilles mais je pèse plus sur play. 

J’ai encore envie de revoir V. J’vais y aller cette semaine, mais pas seul. J’vais y aller avec des amis. On s’allumera une shisha, ensuite. On fera ça dans la cour arrière, j’vais pouvoir leur parler des pins. Mais surtout, j’dois m’acheter des CD.

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